Un beau grand bateau

 

Les Écossais ne connaissent pas Gerry Boulet, mais ils entendent monter la rumeur d’un de ses plus grands hymnes ces jours-ci.

Une chronique d’Olivier Arbour-Masse

Aux lendemains d’un référendum que les Québécois auront jugé «largement remporté par le Non», les Écossais comprennent qu’il ne s’agit en rien d’une défaite.

En deux ans, l’appui à l’indépendance a presque doublé, passant d’une idée marginale à un projet de société partagé par près d’un Écossais sur deux.

Une vague de fond s’est formée à sens contraire des médias de masse, contre l’inertie des sociétés aisées enfoncées dans le confort matériel, contre une campagne de peur bien rodée et contre la poudre aux yeux de promesses de dernière minute.

Promesses vacillantes

Ces promesses de pouvoirs accrus à l’Écosse ont fait vibrer une corde sensible. La majorité des Écossais souhaitaient demeurer dans le Royaume-Uni s’ils avaient plus de contrôle sur leur destinée. Or, les gros bonnets de la politique britannique ont formulé ces promesses moins pour leur réalisme que pour leur capacité à retenir un électorat en exode massif vers le camp indépendantiste.

Le référendum dans le rétroviseur, ces promesses vacillent, soufflées par le soupir de soulagement de David Cameron.

Quelques heures après avoir évité l’affront politique d’une vie et, surtout, après avoir risqué de perdre le pétrole de la mer du Nord, si cher à la haute société londonienne dont il est issu, le premier ministre britannique laissait déjà comprendre que la dévolution des pouvoirs vers l’Écosse était moins «imminente» que deux jours auparavant, en première page de tous les journaux écossais.

Dans leur nature, ces promesses n’ont jamais été claires et on comprend aujourd’hui pourquoi : les trois partis les ayant formulées ne s’entendent pas sur le degré de pouvoir dont l’Écosse doit bénéficier.

Un des seuls énoncés rédigé noir sur blanc est le maintien de la formule Barnett, la péréquation britannique, qui achemine annuellement 4 milliards de livres vers le trésor écossais. Mais voilà que, dès lundi, des députés conservateurs ont témoigné à David Cameron leur désir de voir cette formule disparaître.

Ces mêmes backbenchers avaient vivement manifesté leur désaccord à «The Vow» dès le jour de sa publication. Pour calmer la grogne interne, Cameron a lié l’attribution de pouvoirs additionnels à l’Écosse à une autonomie accrue de l’Angleterre dont les décisions politiques ne devront concerner que les députés anglais et non pas l’ensemble de la chambre britannique.

Or, stratégiquement parlant, aucun des deux autres principaux partis n’a avantage à laisser aux Conservateurs, fort populaires en Angleterre, les affaires de 65% du Royaume-Uni. Pas de deal sur les pouvoirs anglais, pas de deal sur l’Écosse…

Peur et médias, main dans la main

Les indépendantistes sont également parvenus à effrayer ce qu’il reste de l’empire britannique malgré les inépuisables épouvantails agités par une campagne de peur largement inspirée de celles menées au Québec. À un certain moment, c’est le prix des aliments qui allait augmenter après l’indépendance. Faut dire qu’en 1980, dans la Belle Province, les oranges étaient vouées à disparaître…

«De bien grandes vagues» relayées par de fidèles diffuseurs. De toute la presse britannique et écossaise, seul l’hebdomadaire Sunday Herald a appuyé l’indépendance, ce qui a fait dire à un chroniqueur du Guardian que les médias ont trompé les Écossais.

En cette ère d’instantanéité, même la plus que crédible BBC s’est fait prendre à relayer des informations non vérifiées. Ainsi, dans les jours précédents le référendum, une banque devait déménager ses pénates à Londres… or, cette banque était déjà enregistrée dans la capitale anglaise. Le temps que la correction soit apportée, le mal était fait.

Ces jours-ci, des vidéos et photos surgissent sur le web montrant tantôt des votes «Yes» compilés avec les «No», tantôt une scrutatrice ajoutant des bulletins unionistes au décompte. Théorie du complot ou véritable fraude ? On ne le saura peut-être jamais.

Ce qu’on sait, c’est que malgré un puissant vent de face, la campagne pour l’indépendance a jeté les bases d’une révolution politique. Les désillusionnés ont retrouvé le chemin du débat social, ce débat social a repris de la vigueur.

Le plus grand bateau dans lequel les Écossais pourraient embarquer serait de croire que le 18 septembre 2014 est synonyme de défaite et ainsi oublier de cultiver ce terreau fertile au renouveau.

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