Le missionnaire

Stephen Paton

Stephen Paton

Elles étaient des «Non convaincues». Elles sont devenues des Oui. Sous nos yeux. En moins de 10 minutes. Au dernier jour de la campagne.

Un texte d’Olivier Arbour-Masse

Jenny et Kayleigh ont vu la lumière, en pleine rue Buchanan au centre-ville de Glasgow. La rhétorique habile de Stephen Paton les a fait changer du tout au tout, quelques minutes avant d’aller enregistrer leur vote historique.

«J’appuyais le Non un peu naïvement et superficiellement. Dans mon entourage, il y a beaucoup de partisans du Non, admet Jenny, la vingtaine à peine amorcée. Mais ces deux dernières nuits, j’ai mal dormi. J’étais nerveuse. J’avais l’impression de passer à côté de quelque chose.»

Des candidates comme Jenny, Stephen en a vu beaucoup depuis qu’il s’est engagé dans la campagne. Le Glaswégien aux lunettes rectangulaires en était à ses 6e et 7e conversions de ce crucial 18 septembre.

«Ce sont des gens qui, au fond d’eux, veulent voter Oui. Ils ne cherchent qu’une raison pour le faire, estime Stephen. En assurant une présence forte sur le terrain, en étant visible et en parlant aux gens, c’est comme si on leur donnait la permission d’appuyer l’indépendance.»

Kayleigh et Jenny, étudiantes

Kayleigh et Jenny, étudiantes

«Je ne sais trop pourquoi, mais je me sens mieux. Comme si on venait de m’enlever un poids des épaules», a d’ailleurs déclaré Jenny, tout de suite après s’être entretenue avec Stephen.

«C’est comme ça qu’on gagne, en engageant la conversation avec les gens, estime le missionnaire de l’indépendance. Au début de cette campagne, le Oui traînait autour de 30% dans les intentions de vote. Maintenant, on est presque au coude-à-coude.»

Stephen possède tous les outils pour convaincre. Il connaît les avantages d’une Écosse indépendante sur le bout de ses doigts, possède un argumentaire intelligent et, surtout, écoute les inquiétudes de ses interlocuteurs.

Pourtant, il y a un an, il était encore indécis. À force de s’informer, il a forgé sa pensée et ce qu’il a trouvé a modifié drastiquement son parcours.

Médias biaisés et campagne malhonnête

«J’étais frustré par la couverture journalistique de la campagne. De nombreux journalistes sont partisans et, souvent, c’est inconscient. C’est une impartialité institutionnelle.»

Il blâme la BBC pour avoir relayé des informations sans les vérifier et parle de «paresse journalistique».

«Quand vient le moment de rectifier les faits, le mal est déjà fait.»

C’est ainsi qu’il s’est lancé dans l’arène du militantisme, il y a quatre mois. Fort de son expérience de producteur vidéo, il a entamé sur Youtube une revue hebdomadaire de l’actualité référendaire. Il y décortique les différentes déclarations et les replace dans leur contexte.

«Better Together a mené une campagne fondamentalement malhonnête. Si on gagne, ce sera non seulement contre toute la puissance de l’empire britannique, mais aussi contre les médias.»

Outre le Herald du dimanche, aucun média écossais n’a appuyé l’indépendance.

Les vidéos de Stephen ont obtenu un certain succès qui l’a amené à élargir son spectre d’action. Et le voilà, à quelques heures de la fermeture des bureaux de scrutin, sur l’artère piétonnière du centre-ville de Glasgow, à convaincre les indécis un à un.

«Chaque vote compte», a déclaré le meneur de la campagne pour le Non, Alistair Darling. En cet ultime jour, Stephen Paton en a ajouté sept à l’option indépendantiste.

Un vidéo de Stephen Paton, sur le biais des médias: 

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2 réflexions sur “Le missionnaire

  1. Un simple merci sincère à vous-deux pour nous avoir fait si bien partager l’atmosphère et l’intérêt de nos amis écossais.

    Bonne chance pour la suite de vos projets et a bientôt au Québec,

    Murielle

    J'aime

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