Chronique : Le vent du Nord

A82 ÉCOSSE

 

On explorait la nuit sur une route de montagne à la recherche du belvédère parfait pour filmer le lever de soleil du lendemain. C’est là qu’on a rencontré l’homme à la tondeuse et au vieux golden retriever.

Une chronique d’Olivier Arbour-Masse

Il n’a pas de nom, mais un âge. Pas pire respectable.

Il revenait de l’église où, en bon chrétien, il avait tondu le gazon… Chaque brin d’herbe te rapproche du ciel qu’ils disent, les pieux.

«Vous devriez continuer à grimper. Franchissez la barrière et, 200 mètres plus loin, il y a un chemin sur la gauche qui mène au sommet de la montagne.»

«On en revient tout juste, mais on s’est arrêté à la barrière, on croyait que c’était un terrain privé», que je réponds avec mon accent écossais qui sent encore le char neuf.

«Il n’y a rien de privé ici, qu’il lance, l’air amusé. On peut marcher partout. C’est à tout le monde.»

Il jasait de paysage et, j’ignore s’il en était conscient, mais il venait de résumer l’enjeu de l’heure.

Le référendum du 18 septembre, ce n’est peut-être pas les Écossais contre les Anglais. Mais c’est un peu beaucoup les Écossais, le cœur à gauche, contre le conservatisme anglais.

L’éducation gratuite contre les armes nucléaires. L’assurance-santé et la solidarité contre une réforme majeure de l’aide-sociale qui cause la multiplication des banques alimentaires en Écosse. Le «emmenez-en des immigrants» contre la montée en popularité de l’UKIP en Angleterre.

«Il y a plus de pandas en Écosse qu’il y a de députés conservateurs.» Alex Salmond ne remplacera pas Baudelaire, mais il a le mérite d’être clair. Les Conservateurs sont une espèce menacée en Écosse avec un seul élu au Nord de la Tweed et personne n’a vu l’ombre d’une Brigitte Bardot pour les défendre.

L’Écosse ne pourra pas exprimer sa social-démocratie au sein d’une Grande-Bretagne capitalo-individualiste. Voilà, en gros, le fond de commerce de la campagne indépendantiste.

C’est comme si le Québec décidait de se faire un pays parce qu’il ne se reconnaît pas dans le pétrole des sables bitumineux, la proximité du gouvernement conservateur avec la droite religieuse, les réformes de l’assurance-sociale et les coupes à Radio-Canada. Oui, je sais, c’est loufoque. Ça voudrait dire un référendum puis ça, c’est pas un beau mot.

Ici, «référendum», ils le prononcent sans problème. Même qu’ils réussissent à le rendre charmant avec leurs «r» allègrement roulés.

Ils roulent les «r» et ils tissent serré, ces Écossais. Pas seulement les poches de jeans trouées (merci grand-mère Baldwin!). Le tissu social, aussi. Ils ont du mouton en masse, faut dire. Ils n’ont pas à se gêner sur la laine. Contrairement à l’Angleterre, où tout le monde tire sur son bout de couverte.

C’est pour ça que Merrioll va voter Oui. Une Anglaise, toi chose. Établie depuis 20 ans à Ballachulish, un village de 700 âmes sur la côte Ouest, au Nord de Glasgow.

À Ballachulish, les montagnes disparaissent dans les nuages vaporeux avant de plonger dans les Lochs. Dans ce paysage surréel, les «Yes» se sont taillés une place de choix depuis quelques semaines. Les «No Thanks», eux, s’effacent presque instantanément. Balayés par la brise, faut croire.

Merrioll adore son Union Jack et se considère d’abord Britannique. Mais elle s’en voudrait que l’Écosse rate cette occasion unique de faire des choix adaptés à ses valeurs.

«Mes parents ne viennent ici qu’une ou deux fois par année et quand ils vont à l’épicerie, ils saluent plus de gens que dans leur village de Sheffield, dans le Nord de l’Angleterre. Ils habitent à Sheffield depuis 30 ans!»

À Ballachulish, c’est là qu’on a salué l’homme à la tondeuse, au vieux golden retriever et au conseil généreux.

C’est là aussi qu’on s’est réveillés à 5 h le lendemain matin. Les gros nuages gris et la flotte, ça te scrappe un lever de soleil sur un moyen temps. Mais bon, ils ne peuvent pas tout avoir, ces Écossais.

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