Salmond échappe le crachoir

Alex Salmond (crédit: AP)

Alex Salmond (crédit: AP)

 

Alex Salmond devait se servir du premier débat pour donner de la vigueur à l’option indépendantiste, en retard dans les sondages. La question de la livre sterling l’a coulé.

Un texte d’Olivier Arbour-Masse

«Salmond échoue à trouver une réponse», a titré The Daily Telegraph, un quotidien anglais de droite, au lendemain de l’affrontement de mardi. Les journaux écossais sont du même avis : «Darling inflige la première blessure», a tranché The Herald.

Alistair Darling, le leader de la campagne «Better Together», a habilement piégé Salmond. Six fois de suite, le premier ministre écossais a refusé de fournir son plan B sur la question de la monnaie. Il s’est obstiné à dire que l’Écosse conserverait la livre sterling, une option pourtant écartée par les principaux partis politiques britanniques.

Un sondage de The Guardian mené immédiatement après le débat a déclaré Darling vainqueur à 56%. Résultat : l’appui à la souveraineté traîne à 37% contre 52% pour le Non et 11% d’indécis.

Optimisme malgré tout

Même s’ils reconnaissent l’échec de leur tête d’affiche, les partisans du Oui demeurent optimistes.

«Les indécis et même certains de ceux qui sont comptés dans le camp du Non finiront par voter Oui. Je crois qu’il y a une pression sociale pour appuyer le Non alors certaines personnes ne disent pas le fond de leur pensée aux sondeurs», estime Martin Buchan, étudiant en politique à l’Université de Strathclyde, à Glasgow.

Le Daily Record a mené un exercice qui semble donner raison à Martin. Quatre indécis s’étaient tous transformés en partisans du Oui après le débat malgré l’apparente contre-performance de Salmond.

La pauvreté et le nucléaire

Le premier ministre s’est enfargé les pieds dans la livre sterling, mais il a marqué des points ailleurs. Il a opposé la vision traditionnellement plus à gauche des Écossais aux politiques du gouvernement britannique, d’allégeance conservatrice.

«Dans un rayon de 10 miles d’où je me trouve, il y a 35 banques alimentaires. Comment se fait-il que dans ce pays prospère, il y ait des milliers de familles avec enfants qui dépendent des banques alimentaires?», a questionné Salmond, blâmant indirectement les politiques austères de David Cameron, le premier ministre du Royaume-Uni.

Il a également frappé sur le clou des armes nucléaires, gardées sur des sous-marins britanniques à l’embouchure du fleuve Clyde, qui traverse Glasgow. «La plus grande concentration d’armes nucléaires en Europe» est située à proximité d’une aire urbaine de 2,9 millions d’habitants.

«Le gouvernement britannique entend dépenser 100 milliards de livres (180 milliards de dollars) dont 8 milliards de livres provenant d’Écosse pour entretenir ces armes de destruction massive», a martelé Salmond.

Le passé comme lueur d’espoir

Si Salmond expose clairement son plan B sur la question de la monnaie, qui sait où il pourra mener l’option indépendantiste ? Il a déjà prouvé qu’il peut renverser l’opinion publique.

En 2011, un mois avant que le Scottish National Party (SNP) forme un gouvernement majoritaire, il était à égalité avec le Labour Party à 37% dans les intentions de vote. Quatre semaines plus tard, le SNP a raflé 45% des suffrages, 14 points devant le Labour.

Salmond a encore six semaines pour renverser la tendance et faire de l’Écosse le 194e pays membre de l’ONU.

MISE À JOUR: De retour au parlement écossais, Salmond a martelé qu’une Écosse indépendante utiliserait la livre sterling. «La livre est écossaise et nous la gardons.»

Si le parlement britannique refuse une association monétaire, l’Écosse pourrait devoir utiliser la livre comme le Panama utilise le dollar américain, sans droit de regard sur les politiques monétaires des États-Unis.

Jeudi, l’Institut national de recherche économique et sociale a publié un rapport affirmant qu’une telle utilisation de la monnaie britannique risque d’inciter les entreprises du monde de la finance à quitter l’Écosse pour l’Angleterre. S’en suivraient pertes d’emplois et difficultés économiques.

Salmond, lui, est persuadé qu’il parviendra à obtenir une association monétaire avec l’Angleterre. Il estime que le refus actuel des différents partis politique britanniques n’est qu’une stratégie de campagne référendaire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s